Revue de presse. Sarkozy est-il crypto-cégétiste ? C’est la question que se pose le journaliste Frédéric Lemaître, dans un très bon article du Monde daté du 6 mars dernier.
Les Français croyaient avoir élu l’ami de Bouygues et de Bolloré à l’Elysée. Erreur : semaine après semaine, ils découvrent que c’est en fait le bras droit (voire gauche) de Bernard Thibault qui préside notre beau pays.
Il y a d’abord eu la nomination d’Henri Proglio à EDF, négociée entre le leader de la CGT et Claude Guéant. Lors de l’ouverture du capital de l’entreprise, en 2007, les camarades avaient déjà obtenu, dit-on, en échange de la paix sociale, l’assurance que la justice prendrait son temps avant d’enquêter sur les comptes du comité d’entreprise d’EDF. Cette fois non plus, ils n’ont pas perdu au change : plus de 4 % d’augmentation de salaire en 2010. M. Proglio sait renvoyer l’ascenseur… social.
En janvier, nouvel épisode emblématique : la convocation à l’Elysée des dirigeants de Renault coupables de vouloir assembler en Turquie une voiture bas de gamme. Pas question, leur a expliqué le président, plus anti-turc que jamais (sauf quand il s’agit de trouver une bonne âme pour sauver l’équipementier Heuliez…) : les voitures vendues en France doivent être fabriquées en France ! Encore un effort et l’Elysée va nous ressortir des archives le projet phare de la CGT des années 1980 : fabriquer en France une voiture du peuple, la Neutral, belle comme une Trabant repeinte en rose.
Troisième acte : les raffineries de Total. Peu importe que la France raffine plus de pétrole qu’elle n’en consomme. Oubliés les discours écolo d’entre Grenelle et Copenhague : pas touche à un bastion cégétiste avant les régionales !
L’organisation des états généraux de l’industrie, une vieille revendication cégétiste, constitue la cerise sur le gâteau. Sans doute influencé par la visite de Dmitri Medvedev, l’Elysée a fixé comme objectif d’accroître la production industrielle de 25 %, d’ici à 2015. Tournez machines ! L’homme de fer l’exige ! Comment financer ? Avec un livret d’épargne industrielle. Une idée de… la CGT.
Volonté de tout régenter, activisme préélectoral, tentative d’amadouer le seul syndicat capable de bloquer sa réforme des retraites… Le colbertisme du chef de l’Etat a de multiples raisons. Est-il efficace ? On peut en douter.
Non seulement les caisses sont vides, mais la vision industrielle du président semble étrangement archaïque. Ainsi pendant qu’il joue les commissaires au Plan, le démantèlement programmé d’Accor – un champion mondial made in France -, sous la pression des actionnaires anglo-saxons, le laisse de marbre (bien que l’Etat soit actionnaire), tout comme il laisse sombrer Alcatel-Lucent dont les dirigeants viennent de fermer la dernière usine en France.
Le même homme déplore que l’industrie profite peu des allégements de charges mais allège celles pesant… sur les bistrotiers. Nicolas Sarkozy a raison : la France a besoin de jobs. Mais de Steve Jobs. Et il y a peu de chances que le tandem qu’il forme avec Bernard Thibault suffise à les générer. Voire même à les attirer.
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