Dans « Le père de famille, le trader et l’expert », l’économiste Marc de Scitivaux revient sur les origines de la crise et les fondements du capitalisme.
Marc de Scitivaux est un économiste complet : formation universitaire, la banque, la bourse, les services financiers, les études, la création d’entreprises et l’investissement direct dans celles-ci, le conseil stratégique, les interventions médiatiques. Et, en juin dernier, un petit livre très roboratif : « Le père de famille, le trader et l’expert ».
Il s’agit, en 120 pages d’un exposé complet sur les origines de la présente crise économique. Mais ce n’est pas pour autant un réquisitoire, pour la bonne raison que, selon l’auteur, tout le monde est au moins un peu coupable ! Non seulement les traders et plus généralement les banquiers, y compris les dirigeants des banques centrales, mais aussi les experts presque toujours stipendiés… Et même les pères de famille, les plus modestes épargnants qui, influencés par des discours fallacieux, se sont imaginés qu’on pouvait sans prendre de risques obtenir des rendements faramineux sur de l’épargne familiale.
Et c’est vrai que face à une telle situation, tout le monde a quelque chose à se reprocher : certains pour avoir menti, d’autres pour y avoir cru, certains experts pour ne rien avoir vu venir, et d’autres, plus lucides, pour ne pas avoir su se faire entendre….
A la fin de son livre, Marc de Scitivaux revient sur l’un des principaux fondements du capitalisme : la relation entre le risque et le profit. Or, à l’occasion de ces événements, on a vu des grandes banques, qui avaient pris des risques inconsidérés, être sauvées par les modestes contribuables, mais continuer sans vergogne à se faire attribuer bonus et stock-options. Si les dirigeants des banques étaient responsables sur leurs biens propres, prendraient-ils les mêmes risques ? Non, bien sûr ! Donc, le statut de sociétés en commandite serait mieux adapté pour elles que celui de société anonyme.
Évidemment, imposer un tel statut à une catégorie particulière d’entreprises ne serait pas simple. À commencer par des problèmes de délimitations.
Déjà, il y a banque et banque. Celle où l’on va déposer son épargne, pour que cet argent soit placé en toute sécurité, et celle où l’on va emprunter, pour financer un achat immobilier pa exemple. Et ce ne sont pas du tout les mêmes établissements !
Ceux du premier type sont symbolisés par les banques suisses privées, qui géreraient aujourd’hui le quart de l’épargne mondiale. Ceux du deuxième type s’appellent Goldman Sachs, ou s’appelaient Lehman Brothers. On y trouve beaucoup plus de matière grise mais beaucoup moins de moralité ! Qu’elles soient simplement privées du filet de sécurité des états et la raison leur reviendra…
On notera également que Marc de Scitivaux, étonnamment, fait l’éloge des banques centrales et des plans de relance. Il écrit : « tout (ou presque) de ce qui devait être fait a été fait ». Il pense que l’urgence était de restaurer les bilans des banques, et de lutter, par tous les moyens, contre la déflation, conséquence naturelle de la destruction en quelques semaines de la moitié des actifs financiers mondiaux (une ardoise de quelque 60 000 milliards de dollars…).
Le père de famille, le trader et l’expert, par Marc de Scitivaux. Larrousse/ « à vrai dire », collection dirigée par Jacques Marseille. 128 pages. 9,90€
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