Le Cri du Contribuable

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La loi Pécresse au crible

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Le point de vue de Jean-Yves Naudet, professeur d’économie à l’université Paul Cézanne d’Aix-en-Provence, et de Jean-Louis Caccomo, maître de conférences en sciences économiques à l’université de Perpignan-Via Domitia.

La loi Pécresse sur la liberté et la responsabilité des universités va-telle permettre aux universités d’accéder à une certaine autonomie ?

Jean-Yves Naudet :
Il s’agit d’une fausse autonomie, et la liberté de l’enseignement supérieur reste quasiment inexistante. La loi Pécresse ne change rien sur les points essentiels :
le recrutement des étudiants (les universités sont obligées d’accepter tout bachelier), les diplômes, l’autonomie financière (les droits d’inscription sont fixés par décret de l’État) et enfin le choix des enseignants (recrutés par les concours nationaux et le conseil national des universités, leurs salaires dépendent de la grille de rémunération de la fonction publique).
La seule nouveauté, c’est que les universités peuvent faire appel à des fondations d’entreprise pour financer des projets de recherche.

Jean-Louis Caccomo :
Le principe des fondations est un progrès immense. Mais tout dépendra de la mise en oeuvre.
Les grandes universités américaines, anglaises ou espagnoles sont gérées par des fondations :
c’est un système qui permet de diversifier les sources de financement, et de ne pas dépendre d’un donateur unique. J’ai créé à Perpignan un master « banque et assurance », auquel j’ai associé des entreprises :
aucune en particulier ne me dicte sa loi, et elles apportent ensemble une contribution que l’État n’aurait pas pu apporter seul.
Cette interdépendance permet en plus d’initier des rapprochements avec le milieu professionnel, susceptible de nous aider à monter des programmes de formation mieux adaptés à leurs besoins.

Le ministre a donc rempli sa promesse d’une plus grande professionnalisation de l’enseignement universitaire ?

J.-Y. N :
Nous n’en sommes pas à une généralisation des formations universitaires en alternance, comme en Allemagne, mais quelques masters par alternance se développent.
L’autre élément positif dans ce domaine, c’est que les entreprises seront désormais représentées dans les conseils d’administration des universités.

Quels sont les autres changements majeurs ?

J.-Y. N : En interne, le pouvoir des présidents se trouve renforcé.
Ce serait une bonne chose s’ils étaient de véritables chefs d’entreprise, comme en Angleterre (lire page 16).
Mais en France, ils sont très politisés et le resteront :
la loi Pécresse prévoit que, pour être élu au conseil d’administration, les listes de candidats doivent être transversales, c’est-à-dire communes à plusieurs disciplines. Or ceux qui ont la capacité de monter une telle liste, ce sont les présidents en place, ou les syndicats…
Cela conforte donc le pouvoir des syndicats au sein des universités, et renforce le risque de blocage.

Alors pourquoi cette opposition violente des syndicats à la loi Pécresse ?

J.-Y. N :
La grande crainte des syndicats, c’est que cette professionnalisation aboutisse à une adéquation croissante des universités avec le monde du travail,
et ceci au détriment de certaines disciplines, comme les Lettres et les sciences humaines, qui intéressent moins les entreprises.
Mais il faut savoir ce que l’on veut : former des chômeurs ou des gens qui ont une chance de trouver du travail ?

Cette réforme est-elle en mesure de permettre aux universités françaises de se hisser au rang des meilleures universités mondiales ?

J.-L. C :
En France, nous sommes prisonniers du dogme de l’égalité. Comme toutes les universités ne peuvent pas être les meilleures, on prend le risque de rabaisser le niveau de toutes.
Pourtant, la compétition entraîne des classements, et le fait qu’il existe différents niveaux permet d’offrir une palette plus large au plus grand nombre.
Il serait contre-productif d’essayer de maintenir les universités au même niveau. C’est d’ailleurs une grande hypocrisie car dans la réalité, on ne fera pas le même parcours selon que l’on suit des études à Paris ou en province.

J.-Y. N :
Pour les syndicats, un diplôme décerné dans une petite université peu réputée doit avoir la même valeur que dans une plus grande.
C’est la logique du diplôme d’État, mais pas celle du marché international de l’éducation :  quand vous êtes à Harvard, ou à Oxford, cela a un sens !
À cette échelle, les universités françaises sont mal classées. Il faudra pourtant qu’elles évoluent, si elles veulent trouver leur place sur ce marché international de l’éducation et attirer étudiants et enseignants.
Pour cela, la première chose à faire est de donner la possibilité aux universités de diversifier leurs sources de financement.

Voir aussi : http://caccomo.blogspot.com/

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