Le Cri du Contribuable

Le quotidien de la dépense publique

Entretien. Rémy Prud’homme, économiste, professeur émérite à Paris XII

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Que pensez-vous du projet de loi de finances 2009 ?

Premier constat préalable : le budget de l’État n’est pas ce qui augmente le plus vite dans les dépenses publiques.

En revanche les dépenses sociales et celles des collectivités locales croissent de manière importante. La Sécurité sociale, c’est la moitié des prélèvements obligatoires.
Le deuxième constat concerne l’objectif affiché du budget 2009, qui apparaît dans l’article 2 du projet de loi de finances : la France, est-il indiqué, doit devenir le pays le plus efficient en matière de carbone, c’est-à-dire celui qui rejette le moins de CO2 dans l’atmosphère .
Or c’est déjà le cas !
La France est le pays qui rejette le moins de CO2 de l’Union européenne, à part la Suède.

Toute la fiscalité écologique, qui commence à apparaître dans ce budget, et qui est issue des travaux du Grenelle de l’environnement, a comme objectif affiché de diminuer les rejets de gaz à effet de serre.

La France, dit-on partout, doit montrer l’exemple. Mais elle le montre déjà : grâce au nucléaire, grâce à une plus forte utilisation d’électricité qu’ailleurs, grâce à une plus petite proportion de grosses voitures que nos voisins allemands, par exemple…

Se donner comme objectif une situation où l’on est déjà, c’est sidérant ! À moins que l’on considère un texte de loi comme une simple opération de communication… Je ne suis pas de cette école-là.

Et le budget lui-même ?

Dans un budget, on peut distinguer deux parties : les hypothèses économiques générales, et les mesures spécifiques.

Les hypothèses, notamment de croissance, apparaissent comme optimistes. C’est un peu la règle du jeu. Mais cela veut dire que les recettes seront moins importantes que prévu, que le déficit sera plus élevé, ainsi que la dette.

Les mesures, ce sont les recettes et les dépenses. Beaucoup sont liées à l’environnement et aux infrastructures, sujets que je connais bien pour avoir travaillé dessus.

Ces mesures ayant trait à l’environnement sont liées au Grenelle de l’environnement.

Oui, elles ont toutes pour justification la réduction de rejet de CO2. Mais le Grenelle est muet sur leur coût.
On se croirait dans une bonne famille de la bourgeoisie française : on ne parle pas d’argent ! Étendre ce principe à la sphère publique me paraît excessif…

J’ai essayé de faire des estimations. Les mesures principales concernent le bâti (isolation), le transport (TGV, tramway), l’éolien et le nucléaire.
500 milliards d’euros en tout ! D’ici 2020, date à laquelle ces mesures auront été appliquées, cela fait 40 milliards par an. La moitié passe par le budget de l’État (c’est le cas pour la SNCF), d’autres sont à la charge des ménages. Soit une ponction fiscale supplémentaire de 20 milliards annuels.

Mais ces dépenses sont supposées créer des emplois.

C’est ce qu’on lit tous les jours dans la presse. C’est un sophisme absolu ! La dépense publique ne crée pas d’emploi. Elle en crée dans un premier temps, bien sûr, il faut bien des gens pour dépenser l’argent, mais cet argent ne sort pas du ciel, comme Athéna de la cuisse de Jupiter.

Il ne peut venir que d’une augmentation des impôts.

L’argent ainsi pris aux ménages et aux entreprises, c’est autant en moins pour d’autres secteurs. Les logements neufs, par exemple, vont coûter 20 000 ou 30 000 euros de plus, à cause du Grenelle.

Si ces 20 000 euros restaient dans la poche des acheteurs, ceux-ci iraient au restaurant ou partiraient en voyage, ce qui créerait des emplois dans la restauration et le tourisme. Bref, la dépense publique et les impôts supplémentaires détruisent les emplois.

J’ai calculé qu’un milliard d’impôts de plus, c’est 20 000 emplois de moins. Je compare le nombre des emplois du secteur marchand, qui est de 20 millions, au total des dépenses du secteur privé, qui s’élève à 1 000 milliards.

La France est championne du monde de la dépense publique par habitants – à part peut-être la Corée du Nord. Si cela créait des emplois, il n’y aurait plus un chômeur en France depuis longtemps !

Mais ces mesures vont permettre des économies d’énergie.

Cet argument est vrai. Toutefois j’ai eu toutes les peines du monde à trouver des chiffres sérieux sur les économies en question.

Mon sentiment est qu’elles ne vont jamais compenser la dépense initiale. Cela représente peut-être deux ou trois milliards. Il faut, en effet, les retrancher des 40 milliards de dépenses.

De toutes façons, si ces dépenses pouvaient être récupérées par les économies qu’elles permettent, il n’y aurait pas besoin d’augmenter les impôts !

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Le chiffre

14,7 milliards d’euros

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