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Si les syndicats devaient vivre de leurs cotisations, ils s’effondreraient

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Retour sur les grèves et les syndicats avec Nicolas Tandler, journaliste spécialiste des syndicats et de l’histoire sociale.

Que pensez-vous de la façon dont sont financés les syndicats en France ?

Le financement des syndicats est profondément anormal, depuis au moins 1936, avec une aggravation très nette de la situation fin 1968.
Le fait qu’ils reçoivent des fonds importants de l’État, même si cela se produit de manière indirecte, représente une très grave erreur.

L’argent vient des cotisations des adhérents (un petit peu), de l’État et des entreprises, enfin d’activités commerciales au travers des comités d’entreprise.
Les cotisations représentent une petite partie car en France elles sont très basses par rapport à ce qui se passe à l’étranger.

En Allemagne, la cotisation représente une à deux journées de travail par mois.
En France, c’est 1 % du salaire annuel. En théorie. En pratique on ne sait pas. Et il y a très peu de syndiqués, moins de 5 % en tout, avec une forte concentration dans la fonction publique.

Il y a aussi les subventions de l’État.

Les syndicats ne sont pas, en tant que tels, financés directement par l’État. Ce qui est financé par l’État, en revanche, ce sont les associations loi de 1901 que les syndicats secrètent.

Quelles associations ?

Pour toucher des subventions, les syndicats ont créé des associations ad hoc.
On peut citer les associations tournées vers la régularisation des travailleurs étrangers.
Le GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés), par exemple, et plus généralement les associations d’études sociologiques.

Il y a aussi les conseils de prud’hommes, juges non professionnels désignés par élection. Un chef d’entreprise, en général, n’a pas de temps à y consacrer. Ceux qui s’y consacrent sont bénévoles et touchent des compensations (frais de déplacement, indemnités).

Ces compensations sont réglées par le ministère de la Justice. Elles sont faibles, mais si vous cumulez plusieurs mandats, vous pouvez en vivre. Si vous êtes expérimenté, vous pouvez devenir président de section.

Les syndicats de salariés exploitent ça scientifiquement.

Et les entreprises ?

Le patronat a beaucoup de mal à trouver des gens pour remplir ces fonctions. Le chef d’une PME n’a pas le temps. Les grandes entreprises se font représenter par un salarié. Le conseiller prud’homal désigné par le Medef est également un salarié.
Le délégué syndical, dans une entreprise, bénéficie d’heures de délégation payées par l’entreprise. Il devient un agent syndical à temps complet.

Pourquoi les syndicats ne publient-ils pas leurs comptes ?

Les syndicats français, au moment de leur naissance au XIXe siècle, refusaient que l’État mette son nez dans son fonctionnement, par peur des enquêtes de police, entre autres.

Pourquoi l’État soutient- il financièrement les syndicats ?

Pour les manipuler. Ou tenter de le faire. Si les syndicats devaient vivre de leurs cotisations, ils s’effondreraient comme des châteaux de cartes.
Le Medef en premier lieu. Très nombreux sont les chefs d’entreprises qui ne cotisent pas au Medef.
Je mets au défi ce mouvement de donner le nombre réel de ses adhérents.
D’ailleurs les syndicats, quels qu’ils soient, ne parlent pas de leurs adhérents mais de leurs électeurs.

Les grévistes se font-ils payer leurs jours de grève ?

Oui, cela fait partie des négociations de fin de grève. Mais il est difficile de distinguer les grévistes de ceux qui sont empêchés de travailler.
Quand, à la SNCF, un poste d’aiguillage est bloqué, les conducteurs et autres cheminots concernés, même de syndicats grévistes, se rendent à leur travail, montent dans la machine où ils jouent aux cartes ou aux mots croisés.

Ils sont décomptés comme non grévistes. Et la SNCF vous annonce triomphalement que le taux de grévistes est tombé.
C’est une farce ! Cela vous explique pourquoi le nombre de grévistes, au bout de quelques jours de grèves, diminue mais que les trains continuent de ne pas circuler.

Autre exemple : il y a quelques années, une grève avait été déclenchée dans une préfecture par trois grévistes.
100 personnes étaient empêchées de travailler ! La grève avait été victorieuse. Les journées ont été déduites aux trois grévistes.
Mais les non-grévistes se sont cotisés pour leur payer leur salaire. Ils pouvaient se le permettre, leur don était une fraction infime du gain de salaire et d’avantages obtenu par la grève.

Contre cela on ne peut rien faire…

Difficile ! Cela implique une véritable négociation constructive qui n’existe pas dans les entreprises françaises. Il faut savoir faire confiance et déléguer. Or le grand patronat ne sait pas le faire.
Le pouvoir de l’État est très fort dans notre pays, et cela depuis fort longtemps.
Aussi les Français ont-ils développé une mentalité très individualiste, peu propice aux négociations.

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2 Commentaires pour “Si les syndicats devaient vivre de leurs cotisations, ils s’effondreraient”

  1. nico sharko dit :

    e suis arrivé sur ce fil grâce a un lien commercial sur myspace qui m’a choqué

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