Les aides à la presse ont augmenté, dans le budget 2008, de 5,8 %, ce qui porte leur chiffre à 288 millions. Motif officiel : le maintien du « pluralisme ». Motif officieux : la presse française est trop chère, en raison des « coûts de productionplus élevés que la moyenne européenne dufait des salaires individuelset des sureffectifsnégociés par le Syndicat du livre », écrit le sénateur Louis de Broissia dans son rapport « La
presse quotidienne d’information: chronique d’une mort annoncée ? »
Quels journaux bénéficient de ces aides ?
Toute la presse quotidienne d’information bénéficie d’aides directes ou indirectes.
Pourquoi cette liste n’est-elle pas publiée ? Pourquoi le ministère de la Culture refuse-t-il de la communiquer ?
Cela me paraît anormal. Elle devrait être publiée.
Plutôt que de laisser les pesanteurs syndicales en place et de les compenser par des aides, ne faudrait-il pas supprimer ces pesanteurs, et donc les aides ?
Les aides publiques ont permis de financer de nombreux plans d’aide à la retraite anticipée d’ouvriers du Livre, à la fois dans les imprimeries de presse et les NMPP. L’imprimerie du Monde a provoqué le départ de 90 salariés, soit 25 % du personnel, sans réorganisation de la production : autrement dit il y avait sureffectif. Plusieurs centaines de millions d’euros ont été affectés à des plans de ce genre. La presse française a encore un prix de production tellement élevé que les quotidiens gratuits vont se faire imprimer sur les presses belges ou luxembourgeoises.
Pourquoi cette situation perdure-t-elle ?
Nous sommes tous un peu responsables. Francis Balle parle d’une « succession de petites lâchetés ». Il fallait continuer
à payer et qu’on n’en parle plus. Or on a continué à payer et la presse a continué à perdre des lecteurs.
La faute aux éditeurs, qui ont à gérer cette situation, aux journalistes, qui travaillent en boucle sur les mêmes sujets, aux mêmes moments, aux publicitaires qui savent sur la télévision de la veille l’impact précis de leur annonce, et qui ne l’appliquent pas encore à la presse quotidienne ; la faute aux syndicats, qui ont contribué à ce syst ème corporatiste qui fait que les coûts d’impression et de distribution sont les plus importants d’Europe ; la faute aux pouvoirs publics, qui ne prennent pas les mesures
qui s’imposent ; la faute, enfin, aux distributeurs, qui s’accrochent à la loi Bichet (1947), laquelle oblige à une distribution égalitaire de tous les titres, sur tous les points du territoire.
Que faut-il faire ?
Un Matignon de la presse ! Avec le ministère de l’Éducation, celui de la Culture, de l’Industrie, des Affaires sociales, plus les journalistes, bref toutes les parties prenantes. Il faut mettre fin aux pesanteurs syndicales ; il faut revaloriser le métier de kiosquier, très mal considéré et très mal payé ; il faut remettre en cause la loi Bichet, et permettre de ne pas distribuer
tous les journaux sur tous les points de vente ; il faut multiplier les points de vente ; il faut favoriser le portage, qui est la meilleure façon d’attacher le lecteur à un journal, en renforçant les exonérations.
Que pensez-vous des seuils anti-concentration ?
Il faut en assouplir les règles. Encore une fois il faut favoriser les groupes de presse. Sinon la presse dépendra de plus en plus des industriels (armement, travaux publics) qui n’ont rien à voir avec la presse.

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