Le Cri du Contribuable

Le quotidien de la dépense publique

Jean-François Roubaud, président de la Confédération générale des PME (CGPME)

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Que pensez-vous du discours de Nicolas Sarkozy au MEDEF ? Beaucoup de bruit pour rien, a dit la presse.

En tant que chef d’entreprise, on ne peut que se réjouir de ce discours. Dire que les entreprises doivent être des partenaires et non des adversaires est très positif. C’est vrai que les mesures annoncées sont encore un peu vagues. C’est justement le but de toutes les réunions de concertation qui ont lieu en ce moment : étudier les mesures à prendre sur la fiscalité, la réglementation. Tout cela se met en place peu à peu. J’espère que chez nous, à Planète PME, les 23 et 24 octobre, le président annoncera des mesures plus précises. Environ 20.000 chefs d’entreprise seront présents.

Défiscaliser les heures supplémentaires, est-ce une bonne mesure ? N’auraitil pas mieux valu s’attaquer franchement aux 35 heures ?

Mon souhait aurait été d’annuler complètement les 35 heures ; mais c’est devenu irréaliste : une grande partie des salariés en profite. Donc la défiscalisation est un premier pas. Il faudra aller plus loin et assouplir encore davantage. L’idéal serait, dans la limite des 45 heures inscrites dans le Code du travail, que chaque entreprise négocie avec les élus du personnel. Il y a des entreprises qui peuvent se permettre de travailler 35 heures. Pour d’autres, les entreprises artisanales notamment, c’est beaucoup plus compliqué. 35 heures imposées à tout le monde, c’est une colossale erreur !

On parle de risques de fraude…

Il y a toujours des risques de fraude ! Ce n’est pas pour cela qu’il ne faut rien faire. Les inspecteurs du travail sont là pour vérifier que l’on ne fasse pas passer les heures qui auraient été effectuées de toute façon pour des heures supplémentaires. La chasse aux fraudeurs ne doit pas devenir une obsession. Les entreprises ont-elles réellement besoin de toutes les aides qui leur sont destinées ? Nous préférons plus de liberté et moins d’aides. Mais certaines aides peuvent être utiles, en particulier celles à l’international. Mais il y en a trop, le chef d’entreprise ne sait pas où s’adresser. Nous plaidons depuis longtemps pour un guichet unique, de façon qu’il puisse se retrouver dans ce maquis. Et il faudrait en supprimer certaines, celles qui n’ont jamais été utilisées.

Que pensez-vous de la possibilité de défalquer de l’ISF les sommes que l’on investit dans les entreprises ?

C’est très positif. Mais celui qui paie l’ISF devrait pouvoir le mettre dans sa propre entreprise. De quoi a-t-on peur en l’interdisant ? L’essentiel est que cet argent ne puisse pas abonder des fonds de placement. La mesure n’aurait plus aucun effet puisque la notion même de proximité avec les PME serait remise en cause.

Et la loi sur le service minimum ?

Le plus important, à mes yeux, c’est qu’elle interdit de payer les heures de grève. Depuis quelques années, on avait pris l’habitude de ne plus le faire, mais ça n’était pas interdit. L’interdiction du paiement des heures de grève est très dissuasive, elle lève une hypothèque qui pesait sur les entreprises.

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http://www.cgpme.fr/

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Supprimer les « effets de seuil »

Que pensez-vous de la commission Attali sur les « freins à la croissance » ?

En soi c’est une bonne idée. Lionel Stoléru, qui vient de se voir confier une mission sur le développement des PME, m’a proposé que nous soyons auditionnés ensemble.

Mais Attali ?… La qualité de l’homme est indéniable. Prendre un homme de gauche ou de droite, c’est une question de tactique politique, ça ne me regarde pas. Ce qui compte c’est que cette commission contribue à lever un certain nombre de freins.

Lesquels ?

Prenez par exemple les effets de seuil. Quand vous passez de 10 à 11 salariés, vous payez des taxes en plus. Quand vous passez de 49 à 50 collaborateurs, vous avez 34 obligations supplémentaires !

Vous devez avoir un comité d’entreprise avec trois élus et trois suppléants, en plus des six délégués du personnel. C’est démentiel ! C’est dix fois plus que pour une entreprise de 300 personnes. Résultat, vous avez deux fois plus d’entreprises de 10 personnes que de 11, et deux fois plus d’entreprises de 49 que de 50. Notre proposition, c’est de lisser ces seuils : pendant deux ans, quand vous franchissez ce seuil, ça ne change rien ; la troisième année vous payez 25 % des cotisations supplémentaires ; vous augmentez chaque année et vous payez plein pot la sixième année.

Le fait que nos entreprises restent trop petites a des conséquences sur nos exportations : une entreprise trop petite ne se lance pas à l’international. Vous n’allez pas en Chine si vous avez dix salariés.

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